X

Inde : le choc des cultures

J’ai écrit la majorité de ce billet pendant l’un de mes derniers trajets en train tandis que des souris, coincées dans des pièges, couinaient sous les sièges. C’était avant un retour en France, après 7 mois de voyage et 3 semaines en Inde. Fatigué, ce fut mon ressenti brut sur le moment, sans prendre de recul. Je me suis posé beaucoup de questions, j’ai été brouillon et je n’ai pas fait d’effort particulier pour adoucir un discours peut-être volontairement excessif.
Avec un peu de recul, je regrette d’avoir découvert l’Inde (et la Chine) à la fin d’un long voyage mais je suis loin d’avoir tirer un trait sur cette destination.
Doit-on vivre un voyage en Inde comme un spectacle où tout ce qui est “typique” devient en quelque sorte divertissant ?
Peut-on être tolérant sans forcément rester indifférent ?

Le choc des cultures

En temps que modeste petit voyageur en fin de tour du monde, j’ai pris une certaine forme de plaisir (après un temps d’adaptation) à me plonger tant bien que mal dans une nouvelle culture, au milieu des détritus envahissants, des klaxons incessants et du remue permanent typique des villes du Nord de l’Inde. Mais, là où certains, face à un lever de soleil majestueux, seraient capables d’écrire des poèmes en observant des gens se baigner dans une eau infecte mais sacrée, en temps que simple être humain, je n’ai que très peu apprécié le spectacle offert par l’Inde.

Je lis souvent sur les blogs qu’il faut respecter les traditions et la culture du pays que l’on visite. La plupart du temps j’y vois de jolies photos et on me dit que les gens de tel ou tel endroit sont vraiment gentils et accueillants. Ce qui, en général, est assez vrai. Mais c’est aussi parce qu’en tant que touristes on attire les rencontres, bonnes ou mauvaises. Les commerçants racoleurs, les escrocs en tous genres et bien sûr aussi, les gens généreux et naturellement amicaux envers l’étranger. Mais ce sont parfois ces mêmes personnes qui sont sans pitié envers des enfants mendiants ou tout simplement dans le cas de l’Inde, des personnes hors-caste ou d’une caste différente.

Lever de soleil sur le Gange. Difficile de ne pas se laisser charmer par un tel spectacle

Le soleil se lève en se reflétant sur le Gange dans une longue traînée dorée. Les couleurs sont douces, la scène est belle. Mais, et tant pis si je perds mon image du voyageur au grand cœur qui s’émerveille devant chaque scène de vie à travers le monde, ma première réaction en observant quelqu’un boire l’eau du Gange, sous prétexte qu’il est sacré et que l’eau y est purifiée, c’est tout sauf de l’émerveillement.
À quelques mètres de là on y brûle et jette des cadavres, on pisse, on chie et on y balance toutes les eaux usées. Mais cette eau est tout de même pure, c’est comme ça. C’est normal.

On criera peut-être à l’intolérance même si au final je ne suis là que pour voyager et en aucun cas pour changer quoi que ce soit dans le monde. Je ne suis d’ailleurs pas là non plus pour remettre en question la place de la vache dans la société Indienne. Mais j’ai du mal à comprendre qu’en 2013 on puisse encore se laisser envahir, en pleine ville, par les bouses d’un animal, si sacré soit-il.
Peu importe le pays, le spirituel m’échappe. Et le fait que certaines situations soient considérées comme normales, encore plus.

Est-ce que Galilée a manqué de tolérance lorsqu’il s’est opposé à la théorie chrétienne, qui mettait la terre immobile au centre de l’Univers ?
D’ailleurs est-ce que personne ne se permet d’être choquer quand le nouveau président des États-Unis jure la main sur la bible ? Ou quand les armes deviennent si typiques et que la peine de mort est encore au goût du jour ?

Ok, je me calme. Mais j’ai parfois l’impression que l’Inde bénéficie d’un statut particulier vis à vis des voyageurs. L’Inde, c’est cool.
Comme sur le reste du voyage, je n’ai pas quitté ma casquette et mes t-shirts colorés de blanc bec occidental. Mais je n’ai jamais vu autant de jeunes touristes en sac à dos et ayant l’air d’essayer de s’habiller “typique” ou vaguement hippie. Pourquoi l’Inde en particulier ? Pays récemment classé dans le top 5 des pires pays du monde au niveau de la condition de la femme. Là où tous les jeunes essayent de s’habiller en jean et chemise.
J’exagère bien sûr, pour votre plus grand plaisir, mais est-ce que tout le monde s’amuse à aller en Arabie Saoudite, enfiler une burqa et regarder à quel point la vie là bas est si “typique” de cette façon ?

Les Indiens ont beau acheter des télés Full HD, les normes ne sont pas les mêmes. Et la norme en Inde, un peu comme ce fut le cas en Chine, me laisse perplexe. Mais je le suis encore plus qu’en Chine, peut-être parce que le niveau de vie y est encore plus bas. Tout un tas de sentiments se mélangent dans ma tête face à une espèce de nonchalance, voir carrément de laisser-aller, que le simple niveau de vie inférieur ne peut expliquer. C’est avant tout une histoire d’état-d’esprit et de culture. (Sur le sujet, le livre Mistaken Modernity: India Between Worlds, Dipankar Gupta)

Et je ne sais pas trop comment expliquer cette sensation. L’impression que pour beaucoup, les choses sont comme elles sont et qu’il faut juste faire avec.
Un jour un tuk-tuk a failli rentrer dans une moto. Le dérapage du bolide a envoyé tout un tas de poussière dans la tronche du motard qui a évité de peu le muret en béton qui sépare en deux la route. Aucune réaction du motard qui a continué sa route comme si de rien était, tout en toussant à cause de la poussière et en essayant de se nettoyer les yeux. Ailleurs on aurait sûrement eu droit à une petite insulte combiné même parfois avec un doigt du milieu.
Mais là non, on subit. C’est normal.
C’est normal aussi pour certains touristes, qui vivent chaque scène comme un simple nouveau divertissement à raconter en rentrant à la maison. Par exemple, un singe en laisse au milieu du désert Indien n’est pas plus tolérable qu’ailleurs, typique ou pas.

J’ai peut être l’air un peu méprisant, moi, l’occidental chanceux qui a retenu deux trois valeurs inculquées par Papa et Maman. Mais tant pis, ça m’énerve profondément qu’on trouve tout normal et que personne ne s’offense devant certaines situations.
Je ne puis pas en train de dire et je ne pense pas que nous, occidentaux, soyons moins égoïstes ou spécialement meilleurs. Loin de là. Mais je crois en certaines valeurs et je ne les laisse pas de côté en fonction du pays où je vais.
Pour finir, l’école a beau être officiellement gratuite, j’ai lu que l’Inde comptait 50 % d’analphabètes. Et quand seulement la moitié des enfants de 6 à 14 ans vont à l’école primaire, tout juste 10 % vont dans le secondaire.

Une chose est sûre, ce voyage ne m’aura pas laissé indifférent. Et je préfère encore ça, plutôt que de rester à bronzer sur une plage aux Maldives. Enfin, je crois.

La vie continue.

Pour en lire plus, je vous propose cet article : Journée de la femme 2013: naître femme en Inde

Voir les commentaires (25)

  • Merci de ce récit qui me fait un bien fou : mal remise d'un choc culturel, culpabilisant de ce manque de grandeur d'âme, la lecture critique des découvertes déstabilisantes vécues par d'autres qui n'acceptent pas tout me permet d'avancer.
    Je cautionne : non, on ne peut pas tout accepter. Oui, le manque d'hygiène, le manque de respect nous dérange et on peut trouver ces situations pas seulement dérangeantes, mais aussi telles une preuve de manque d'évolution. C'est vrai qu'en Occident, évoluer c'est positif. Si on peut accepter que pour d'autres ce ne soit pas positif, nous pouvons nous en offusquer, tant qu'on ne leur fait pas la leçon chez eux. C'est vrai que certains comportements nous semblent tellement archaïques et irrespectueux, qu'on ne peut les accepter.
    Nous remettre en question, nous tout le temps, accepter les différences, c'est bien difficile quand on se rend compte que c'est à sens unique.

    PS : mon choc culturel si difficile à digérer, a eu lieu en France, avec des asiatiques, qui eux, ne cherchaient certainement pas à composer avec nos coutumes.