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L’ascension du volcan Rinjani à Lombok avec un guide malade

Deux jours avant de grimper le Mt Rinjani, nous débarquions de Bali sur l’ile de Lombok, après 6 longues heures dans une atmosphère étouffante à bord d’un ferry plein à craquer. A la sortie, il fait nuit et c’est un bordel monstre entre les passagers et les véhicules qui sortent du ferry et tous ceux qui attendent sur le quai. Nous sommes fatigués et nous n’avons pas réservé d’hôtel. A peine le temps de se frayer un chemin et de se dire que la situation est peu à notre avantage, que deux personnes nous accostent. C’est typiquement le genre d’endroit où l’on a tendance à penser que si deux personnes se mettent à vous parler avec de grands sourires c’est qu’elles ont pour projet de vous pigeonner. Mais c’était typiquement le genre de moment où à moitié réveillé et un peu perdu avec vingt kilos sur le dos, on n’a pas la force de remballer qui que ce soit. Et puis on avait quand même envie de prendre un taxi pour se faire déposer à un hôtel. Cela tombe bien, car les quelques phrases analysées par nos cerveaux semblaient ressembler à notre projet. On se dirige donc vers leur taxi (qui est en fait un minibus) et on accepte de prendre la route.

Très vite celui qui ne conduit pas nous sort une jolie carte et nous propose un « Package All Inclusive » à 5 millions de roupies (330€ pour 3) avec : le Rinjani Trek en deux jours (porteurs, tente et nourriture compris), 5 nuits d’hôtel (dont deux sur les iles Gili), ainsi que tous les transports jusqu’au retour à Bali. Nous, on sait juste ce que vaut le prix du Trek dans ce forfait (on l’estime à la moitié du prix annoncé). On sait aussi que c’est fatiguant de chercher et négocier tous les soirs un hôtel comme on le fait depuis le début en Indonésie. Alors après réflexion (arnaque ? pas arnaque ?), on est entré dans la phase de négociation qui a duré toute la durée du trajet (une heure). Au final, on a réussi à obtenir une ristourne d’un million de roupies, ainsi qu’une nuit supplémentaire offerte sur l’ile Gili. Le deal a alors été conclu après avoir été amené près d’une banque pour retirer l’argent à un guichet automatique. On a reçu trois petits tickets avec inscrit au stylo ce dont on avait droit. Tout ça, éclairé à la lueur d’un vieux Nokia, à l’intérieur d’un minibus digne de « l’Agence tous risques ». Et après finalement deux échecs peu rassurants pour la suite, le « dealer » a enfin réussi par nous trouver un hôtel pour la nuit.


Voilà, il est maintenant 2 heures du matin. On se retrouve à boire de l’alcool local avec le patron de l’hôtel, à faire écouter du Renaud au gars du coin, tout en profitant d’internet avec le code du wifi d’en face. Pendant les 6 prochains jours, et pour la première fois en 4 mois, on sera dépendant de la bonne volonté des gens et de nos trois tickets en papier. Tout à la confiance.

25 kilomètres de marche en deux jours

Un jour plus tard, notre équipe technique arrive à notre hôtel très tôt le matin. Elle se compose d’un guide de 22 ans parlant plutôt bien anglais et de deux porteurs. Il pleut, et après la préparation du matériel on grimpe à l’arrière d’un espèce de pickup pour rejoindre le début du trek. On se retrouve donc sous une bâche trouée, assis en quelque sorte contre les barreaux d’une remorque. Ce massage lombaires offert de bon matin n’était pas précisé dans le forfait mais on doit faire avec pendant la demi-heure de route qui mène au début du parcours. Route bien évidemment chaotique afin de rajouter un peu de piquant à la séance.
Une fois la marche lancée, le temps s’améliore et on est très vite impressionné par nos porteurs. Le plus vieux et le plus solide des deux a 25 ans. En tongs, il monte jusqu’au campement et redescend avec près de 30 kg sur l’épaule. Son petit copain porte un peu moins mais lui au moins, il a le panache de le faire pieds nus ! Vers midi on s’installe tranquillement pour manger une fameuse soupe de nouilles longuement préparé sur place. Bon ce sont surtout les porteurs qui travaillent. Le guide lui nous parle et nous montre son bouquin avec lequel il essaye d’apprendre le français : D’habitude conversation en français. Un bouquin à l’image de son titre, bourré de fautes et de phrases incompréhensibles !


En fin d’après midi, on arrive au campement à 2639 mètres, c’est à dire la fin de la première partie du trek. Après 1500 mètres de dénivelé et 8 heures de marche on est plutôt fatigué, voir bien malade pour d’autres… Mais c’est beau, très beau. D’un côté on domine un lac de cratère et le Mt Baru, de l’autre, l’océan Indien, Bali et les iles Gili. Au dessus de nous, le reste du parcours prévu pour le lendemain matin : Le Rinjani à plus de 3700 mètres.


Le soir, après avoir encore préparé un bon repas sous nos yeux, nos amis du jour n’ont droit qu’à une bâche pour se protéger du froid pendant la nuit. Et cette fois même malade, le guide n’a pas d’avantage. Il dormira tant bien que mal  au coin du feu, sous cette simple bâche avec les deux porteurs, sans matelas, sans couverture. Au mieux il doit faire une dizaine de degrés. Sous notre tente on a pas non plus très chaud et le sommeil n’est pas très profond.

L’ascension du volcan

A 3h du matin, après une très courte nuit, on part à l’assaut du sommet : 1000 mètres de dénivelé à la fraîche ! De nuit évidemment l’idéal c’est d’être équipé d’une frontale mais moi j’ai du panache et je me contente de mon Iphone. Tel un héros des temps modernes, j’ai laissé ma frontale à une jeune fille en peine qui était partie sans le matériel nécessaire. Bon en fait non c’est pas vrai, j’aurais rêvé avoir une frontale. Et à l’époque un petit mode torche aurait été le bien venu aussi sur mon téléphone. Cela m’aurait évité d’appuyer toutes les 30 secondes sur mon écran pour vaguement éclairer une route loin d’être toute tracée.
Le guide dans tout ça ?
Non non, pas de guide. Cette fois il est vraiment bien malade et se repose sous notre tente. Celui qui nous accompagne, c’est le plus costaud des porteurs, qui monte au sommet pour la première fois de sa vie ! Et sous les conseils avisés du guide, il a accepté d’échanger ses tongs contre des chaussures de marche. Vu la difficulté sur la fin de l’ascension c’est une très bonne décision. Car en grimpant sur l’espèce de sable et les cailloux volcaniques, on a parfois un peu l’impression de faire du sur-place. Les 300 derniers mètres sont particulièrement raides, il faut une heure pour en arriver à bout. C’est épuisant mais l’arrivée au sommet à 3726 mètres, à peu près 3 heures après le départ, se combine parfaitement avec celle du soleil. C’est un spectacle de toute beauté et c’est tant pis pour les retardataires ! Cette fois, le porteur pas vraiment habillé pour la situation fait enfin moins le malin. Il fait très froid, il y a du vent mais à ce moment là, toutes les mauvaises sensations sont anesthésiées par un spectacle si majestueux.

Lever de soleil depuis le sommet du Rinjani

Le retour au campement est très rapide mais se termine avec la jambe en sang pour certain car ça a tendance à glisser. Surtout si on court et qu’on se plante de chemin… On peut aussi apprécier à quel point la fin était raide maintenant que le soleil est bien levé. Le guide à l’air d’aller mieux et on est accueilli avec des fameux Banana Pancakes pour le petit déjeuner.



La deuxième partie est pas contre beaucoup plus difficile pour les jambes et en particulier les genoux. Même si pour nos porteurs ça a toujours l’air d’être une partie de plaisir. Bon en même temps, maintenant leur cargaison est beaucoup moins lourde ! Alors que nous, nos petits sacs sont toujours à moitié vides !
A mi parcours j’ai une gigantesque, une énorme, une grosse boule de sang au niveau du pied. A tel point que ça devient plus agréable pieds nus qu’avec les chaussures. Du coup pendant une demi-heure je teste le massage à base de terre et de cailloux, jusqu’à revenir sur les pas d’un porteur à l’arrêt, en train de fumer. Il me propose alors de me prêter ses tongs contre mes chaussures, ce que j’accepte avec grand plaisir. Mais quelques minutes plus tard, c’est le drame. Ayant tendance à marcher comme un canard, je marche sur l’une des tongs qui se brise nette sur le coup. Très vite je réalise qu’il n’y a rien à faire et que la tong est belle et bien décédée. Mais surtout il me reste une dernière demi-heure (particulièrement piquante et douloureuse) avant de devoir annoncer son décès à son propriétaire qui a repris de l’avance.
Afin de m’excuser de lui avoir cassé ses tongs et après quelques refus et une trentaine de « sorry », je réussi finalement à me débarrasser offrir mes belles chaussures de randonnée à ce pauvre porteur. Un héros des temps modernes j’vous dit !
Bon il n’a pas semblé spécialement emballé par mon cadeau et on a finalement refait une petite demi-heure de route à l’arrière du pickup histoire de profiter d’un nouveau massage des lombaires bien mérité !

Voir les commentaires (7)

  • Salut
    Rinjani c'est magnifique n'est pas? je vient d'Indonesie et j'aime grimper mais je n'y grimpe jamais. J'y dois grimper \^o^/. j'ai un question, d'apres vous, est-ce que le tarif d'entree Rinjani tres cher pour les etrangers? et est-ce que vous avez conseils pour moi quand je grimpe Rinjani?
    Merci Beaucoup