sur les bords du Gange à Varanasi
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Inde : le choc des cultures

By on Mar 27, 2014

J’ai écrit la majorité de ce billet pendant l’un de mes derniers trajets en train tandis que des souris, coincées dans des pièges, couinaient sous les sièges. C’était avant un retour en France, après 7 mois de voyage et 3 semaines en Inde. Fatigué, ce fut mon ressenti brut sur le moment, sans prendre de recul. Je me suis posé beaucoup de questions, j’ai été brouillon et je n’ai pas fait d’effort particulier pour adoucir un discours peut-être volontairement excessif.
Avec un peu de recul, je regrette d’avoir découvert l’Inde (et la Chine) à la fin d’un long voyage mais je suis loin d’avoir tirer un trait sur cette destination.
Doit-on vivre un voyage en Inde comme un spectacle où tout ce qui est « typique » devient en quelque sorte divertissant ?
 Peut-on être tolérant sans forcément rester indifférent ?

Le choc des cultures

En temps que modeste petit voyageur en fin de tour du monde, j’ai pris une certaine forme de plaisir (après un temps d’adaptation) à me plonger tant bien que mal dans une nouvelle culture, au milieu des détritus envahissants, des klaxons incessants et du remue permanent typique des villes du Nord de l’Inde. Mais, là où certains, face à un lever de soleil majestueux, seraient capables d’écrire des poèmes en observant des gens se baigner dans une eau infecte mais sacrée, en temps que simple être humain, je n’ai que très peu apprécié le spectacle offert par l’Inde.

Je lis souvent sur les blogs qu’il faut respecter les traditions et la culture du pays que l’on visite. La plupart du temps j’y vois de jolies photos et on me dit que les gens de tel ou tel endroit sont vraiment gentils et accueillants. Ce qui, en général, est assez vrai. Mais c’est aussi parce qu’en tant que touristes on attire les rencontres, bonnes ou mauvaises. Les commerçants racoleurs, les escrocs en tous genres et bien sûr aussi, les gens généreux et naturellement amicaux envers l’étranger. Mais ce sont parfois ces mêmes personnes qui sont sans pitié envers des enfants mendiants ou tout simplement dans le cas de l’Inde, des personnes hors-caste ou d’une caste différente.

lever de soleil sur le gange à Varanasi

Lever de soleil sur le Gange. Difficile de ne pas se laisser charmer par un tel spectacle

Le soleil se lève en se reflétant sur le Gange dans une longue traînée dorée. Les couleurs sont douces, la scène est belle. Mais, et tant pis si je perds mon image du voyageur au grand cœur qui s’émerveille devant chaque scène de vie à travers le monde, ma première réaction en observant quelqu’un boire l’eau du Gange, sous prétexte qu’il est sacré et que l’eau y est purifiée, c’est tout sauf de l’émerveillement.
À quelques mètres de là on y brûle et jette des cadavres, on pisse, on chie et on y balance toutes les eaux usées. Mais cette eau est tout de même pure, c’est comme ça. C’est normal.

On criera peut-être à l’intolérance même si au final je ne suis là que pour voyager et en aucun cas pour changer quoi que ce soit dans le monde. Je ne suis d’ailleurs pas là non plus pour remettre en question la place de la vache dans la société Indienne. Mais j’ai du mal à comprendre qu’en 2013 on puisse encore se laisser envahir, en pleine ville, par les bouses d’un animal, si sacré soit-il.
Peu importe le pays, le spirituel m’échappe. Et le fait que certaines situations soient considérées comme normales, encore plus.

Est-ce que Galilée a manqué de tolérance lorsqu’il s’est opposé à la théorie chrétienne, qui mettait la terre immobile au centre de l’Univers ?
D’ailleurs est-ce que personne ne se permet d’être choquer quand le nouveau président des États-Unis jure la main sur la bible ? Ou quand les armes deviennent si typiques et que la peine de mort est encore au goût du jour ?

Ok, je me calme. Mais j’ai parfois l’impression que l’Inde bénéficie d’un statut particulier vis à vis des voyageurs. L’Inde, c’est cool.
Comme sur le reste du voyage, je n’ai pas quitté ma casquette et mes t-shirts colorés de blanc bec occidental. Mais je n’ai jamais vu autant de jeunes touristes en sac à dos et ayant l’air d’essayer de s’habiller « typique » ou vaguement hippie. Pourquoi l’Inde en particulier ? Pays récemment classé dans le top 5 des pires pays du monde au niveau de la condition de la femme. Là où tous les jeunes essayent de s’habiller en jean et chemise.
J’exagère bien sûr, pour votre plus grand plaisir, mais est-ce que tout le monde s’amuse à aller en Arabie Saoudite, enfiler une burqa et regarder à quel point la vie là bas est si « typique » de cette façon ?

Les Indiens ont beau acheter des télés Full HD, les normes ne sont pas les mêmes. Et la norme en Inde, un peu comme ce fut le cas en Chine, me laisse perplexe. Mais je le suis encore plus qu’en Chine, peut-être parce que le niveau de vie y est encore plus bas. Tout un tas de sentiments se mélangent dans ma tête face à une espèce de nonchalance, voir carrément de laisser-aller, que le simple niveau de vie inférieur ne peut expliquer. C’est avant tout une histoire d’état-d’esprit et de culture. (Sur le sujet, le livre Mistaken Modernity: India Between Worlds, Dipankar Gupta)

Et je ne sais pas trop comment expliquer cette sensation. L’impression que pour beaucoup, les choses sont comme elles sont et qu’il faut juste faire avec.
Un jour un tuk-tuk a failli rentrer dans une moto. Le dérapage du bolide a envoyé tout un tas de poussière dans la tronche du motard qui a évité de peu le muret en béton qui sépare en deux la route. Aucune réaction du motard qui a continué sa route comme si de rien était, tout en toussant à cause de la poussière et en essayant de se nettoyer les yeux. Ailleurs on aurait sûrement eu droit à une petite insulte combiné même parfois avec un doigt du milieu.
Mais là non, on subit. C’est normal.
C’est normal aussi pour certains touristes, qui vivent chaque scène comme un simple nouveau divertissement à raconter en rentrant à la maison. Par exemple, un singe en laisse au milieu du désert Indien n’est pas plus tolérable qu’ailleurs, typique ou pas.

J’ai peut être l’air un peu méprisant, moi, l’occidental chanceux qui a retenu deux trois valeurs inculquées par Papa et Maman. Mais tant pis, ça m’énerve profondément qu’on trouve tout normal et que personne ne s’offense devant certaines situations.
Je ne puis pas en train de dire et je ne pense pas que nous, occidentaux, soyons moins égoïstes ou spécialement meilleurs. Loin de là. Mais je crois en certaines valeurs et je ne les laisse pas de côté en fonction du pays où je vais.
Pour finir, l’école a beau être officiellement gratuite, j’ai lu que l’Inde comptait 50 % d’analphabètes. Et quand seulement la moitié des enfants de 6 à 14 ans vont à l’école primaire, tout juste 10 % vont dans le secondaire.

Une chose est sûre, ce voyage ne m’aura pas laissé indifférent. Et je préfère encore ça, plutôt que de rester à bronzer sur une plage aux Maldives. Enfin, je crois.

La vie continue.

rue varanasi Pour en lire plus, je vous propose cet article : Journée de la femme 2013: naître femme en Inde

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25 Comments
  1. Répondre

    Jordane de MonBonPote

    Mar 27, 2014

    Salut Thibaut,

    C’est marrant, hier je lisais l’article d’un blogueur qui lui est amoureux fou de l’INDE. Je comprends ce que tu dis, ça m’est moi même arrivé d’être en hallucination totale en voyage dû au choc des cultures. Et justement on n’est pas de la même culture, certaines choses paraissent anormales pour certains et normales pour d’autres. Logique tu me dirais.
    Après tout dépend de ce à quoi on s’attend ce qu’on recherche et à la manière dont on porte le regard sur notre voyage.
    Y a pas à aller plus loin qu’en France pour se rendre compte qu’on vit aussi le choc des cultures par l’éducation, y a qu’allumer la TV pour le confirmer.
    T’imagines si le monde était uniforme ? Quelle tristesse, ça fait parti du folklo 😉

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Jan 9, 2016

      Oui d’accord mais ce qui fait partie du « folklore » c’est l’ambiance, l’odeur, les couleurs, certaines attitudes, la nourritures enfin des tas de choses mais ça ne rend pas pour autant acceptables certains comportements juste parce qu’ils sont d’une autre culture.

  2. Répondre

    Virginie Touchard

    Mar 27, 2014

    Tiens, je l'avais attendu cet article sur le dernier pays de ton tour du monde….et j'avais même pensé que s'il ne venait pas c'était sûrement parce que ça n'avait pas dû être facile de l'écrire avec la même plume que ceux des autres pays que tu avais visités. Vivant dans un pays voisin de l'Inde, et où la majorité de la population vient de ce grand état, j'ai souvent pensé y aller, mais je n'ai jamais fait le pas car je ne sais pas comment y aller (et je ne parle pas de juste prendre un ticket d'avion) J'ai aussi souvent entendu dire: ah je pars en Inde pour me "trouver"…. je ne ferai pas de commentaire sur cette phrase… bref je trouve ton article très juste, il justifie ma grande réticence même si je suis sûre qu'il y a aussi de belles choses à voir, mais je ne peux ignorer la condition humaine. Peut-être un jour…plus tard. Sinon, les Maldives, c'est sûr c'est différent, mais je dirais qu'on y a peut-être plus de chance de "se trouver",avec beaucoup de temps pour la contemplation, perdu au milieu de l'océan Indien 😉

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Mar 28, 2014

      Merci 😉 Oui j’ai souvent hésité à le publier, notamment parce que je sentais que j’allais passer pour le beauf de France 😉 Je ne déconseille pas pour autant la visite en Inde comme je le dit au début, en tant que voyageur j’ai apprécié. Et bonne idée pour « se trouver », je vois déjà les Maldives sous un autre jour 😉

  3. Répondre

    Carnet de nos voyages. Ailleurs et autrement.

    Mar 27, 2014

    Bien d'accord avec cette réflexion. Elle est fine la ligne entre le respect de la culture de l'autre et le respect de ses propres convictions. Je suis Québécoise. J'arrive d'un premier voyage de l'autre côté des choses. Deux mois et demi en Thaïlande et au Vietnam. J'ai voulu faire ce voyage avec les lunettes de la curiosité, de la découverte, de la tolérance. De façon générale, j'ai réussi. Je devrais dire, étrangement, j'ai réussi. J'ai réussi à me contenter d'un regard étonné sur le bol de grenouilles pelées à vif au marché. Je choisi cet exemple mais il y en a bien une demi douzaine. Soupirer et regarder ailleurs en voyant des gens jeter leurs déchets à la rue, partout, tout le temps, voire à la mer, dans un geste normal. C'était un premier voyage dans un lointain ailleurs. Je n'ai pas voulu commencer en m’offensant de tout ce qui me semblait étrange. Mais honnêtement, je ne crois pas que j'aurais eu cette tolérance après quelques mois de plus, encore moins au bout d'un an. Je n'ai pas de mal à imaginer comment tu t'es senti. Merci de ce partage! -Lucie

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Mar 28, 2014

      Merci Lucie. La Thaïlande à côté de l’Inde c’est une partie de plaisir 😉

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    En Terre Andine

    Mar 27, 2014

    Alors que j'entame mon cinquième voyage en Inde et y aurait passé plus d'un an au final, je suis partagée sur ton écrit. Mon amour pour l'Inde cohabite avec le fait que la condition exécrable de la femme me laisse chaque année plus amère (j'en ai d'ailleurs fait plusieurs articles), que le nombre d'enfants des rues m'interpelle toujours autant, que le regard des hommes sur moi me dégoûtent toujours plus. L'Inde est le symbole même du paradoxe et ces situations en sont l'expression la plus forte. Il m'apparait chaque année plus nécessaire de lire les textes sous-tendant ces attitudes, d'ouvrir le débat avec des indiens de toutes conditions sociales. Non pas pour excuser mais pour comprendre. C'est ainsi que ce qui t'es apparu comme un certain fatalisme (tout est normal et personne ne bouge) s'explique facilement avec la notion de Karma hindouiste. Le comprendre m'a permis de davantage l'accepter ou en tout cas, d'accueillir cette attitude si opposée à la mienne de prime abord. Il me semble difficile de voyager, et encore plus de vivre, en Inde sans se préoccuper des notions fondamentales de sa société, de sa culture. C'est alors voué il me semble à l'indifférence (tout est magnifique, je ne vois rien d'autre) ou au rejet. Encore une fois, je suis loin d'excuser les attitudes innommables que je constate (notamment à travers mon métier d'infirmière) mais je sais aujourd'hui me les expliquer rationnellement. Et ça m'aide à aimer ce pays et ces habitants en dépit de tout ça. Car l'Inde est également un pays unique et nous avons, en Occident, beaucoup à apprendre d'elle et de l'Orient.

  5. Répondre

    Piotr

    Mar 27, 2014

    ah, l’Inde ne t’a pas non plus totalement émerveillé à ce que je vois ^^ Moi aussi, depuis mon retour, difficile encore d’écrire dessus…
    « Comme sur le reste du voyage, je n’ai pas quitté ma casquette et mes t-shirts colorés de blanc bec occidental. Mais je n’ai jamais vu autant de jeunes touristes en sac à dos et ayant l’air d’essayer de s’habiller « typique » ou vaguement hippie » > gros lol

  6. Répondre

    Laurent

    Mar 27, 2014

    Je suis sans doute le bloguer dont parle Jordan, car oui, je vais partie de la catégorie des personnes pour qui ce pays a quelque chose de spécial. J’y ai voyagé en tout 7 mois en 5 voyages dont un de 4 mois. Pourquoi est-ce que j’entretiens une relation spéciale avec ce pays ? C’est assez difficile à dire, car j’en conviens, il y a un côté irrationnel à ça. Je ne fais pas partie des néo bab qui trouvent que tout est coooool en Inde et je fuis d’ailleurs le plus souvent les endroits qu’ils fréquentent. Leur accoutrement est quelquefois ridicule, mais celui des touristes en short n’est guère mieux entre nous. Aimer ce pays ne veut pas dire que j’en aime toutes ses coutumes. La condition de la femme y est en effet désastreuse, le système des castes une hérésie.
    Ce qui m’attire en Inde, c’est une certaine chaleur humaine. La majorité des Indiens sont des gens chaleureux. Il suffit de s’arrêter et regarder quelqu’un pour qu’il te renvoie un sourire. C’est cette chaleur humaine, ce contact permanant, impossible de rester un anonyme que les autres ignorent en Inde. Je ne m’y ennuie jamais, ce qui n’est pas forcément le cas dans les autres pays que j’ai pu visiter. Que ça ne plaise pas, je peux le comprendre aisément.
    Les Indiens ont un côté fataliste, c’est vrai. Est-ce bien est-ce mal, je ne sais pas. Comme le dit Aurélie (En Terre Andine), c’est lié à la notion de karma. On rencontre la même passivité en Birmanie ou au Népal. Sincèrement, par moment, entre cette passivité et mes compatriotes qui n’ont de cesse de râler pour des problèmes des plus insignifiants, mon coeur balance 😉 Un train arrive avec 2 heures de retard en Inde, personne ne dit rien. Un train arrive 10 min en retard en France, il aura toujours quelques raleurs pour hurler contre les faignants de la SNCF ou je ne sais quoi. Sincèrement, la première option rend tout de même la vie moins stressante à mon sens.
    L’Inde dispose d’un statut particulier auprès de certains car nul par ailleurs le choc culturel n’y est aussi fort. Le monde entier s’occidentalise à vitesse grand V. Tout le monde copie sur notre mode de vie, nos tenues vestimentaires, mais l’Inde pas vraiment. L’Inde évolue, mais à sa manière. Personnellement, ça me navre de constater cette uniformisation du monde. Pourquoi le mode de vie qui a été choisi par l’occident serait le meilleurs le seul est l’unique. C’est une possibilité parmi d’autres, rien de plus. Elle nous semble être la bonne, car on a grandi avec.
    Je ne sais pas d’où tu tiens des chiffres sur l’analphabétisme par contre. En cherchant à droite à gauche sur la toile, je tombe plutôt sur 74% d’alphabétisation (chiffre des Nations Unies http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_taux_d'alphab%C3%A9tisation). 136 sur 182, ce n’est pas terrible on est d’accord, mais ne pas oublier que l’Inde est 139e concernant le PIB par habitant donc le lien est plutôt à trouver là. D’ailleurs certains seront surpris d’apprendre que le taux d’alphabétisation est plus élevé en Inde qu’au Maroc (70%), au Laos (69%) ou en Égypte (66%).

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Mar 28, 2014

      Allez Laurent, je m’excite encore un peu. Critiquer ce pays ne veut pas dire que je déteste absolument l’Inde. Si j’avais parlé en mal des états-unis, ça aurait gêner du monde ? On ne serait pas en train de m’imaginer comme un occidental buté qui ne voit que le bien d’un côté et le mal de l’autre.
      Pour les stats je ne me souviens pas exactement, j’ai écrit cet article il y a déjà plusieurs mois mais je crois que ça concernait les femmes.
      La chaleur humaine je l’ai ressenti à peu près partout. Des gens souriants, gentils et accueillants ça se trouve même en Chine. Personnellement, ce n’est pas ce qui fait que j’aime les gens.
      L’Indien qui m’accueille avec le sourire mais traite un mendiant comme de la merde me débecte tout autant qu’un français sympa qui sort son discours raciste en vous proposant de vous resservir à manger.
      À vous écouter, amis de l’Inde, tout doit rester dans cette norme, car l’Inde c’est juste différent et ça fait du bien. On doit se contenter d’apprécier ces originalités comme un vulgaire touriste.
      Et je suis pas en train de penser aux 2h d’attente pour un billet de train, aux lits un peu poussiéreux, à cette manie de klaxonner en permanence, aux salles de bains à l’hygiène douteuse. Je pense à l’éducation, à la condition de la femme, au fait de jeter ses déchets partout tant que ce n’est plus à l’intérieur de chez soi, d’avoir plus de respect pour des vaches ou des divinités que pour de pauvres enfants, de boire de l’eau dégueulasse par principe, d’attacher des bébés singes à des laisses de 20cm et de se regarder vivre entouré de déchets. C’est juste une question de karma tout ça ?
      C’est aussi l’indifférence et l’amusement de certains touristes qui m’a laissé perplexe. La misère est donc plus belle au soleil ?
      Ils sont pourtant nombreux les indiens qui essayent de changer les choses.
      Heureusement que chez nous, en France, oui monsieur, La France, des gens ont essayé de changer les consciences, de casser les idées reçues, se sont indignés, se sont révoltés. Car y’a pas si longtemps on fouettait les noirs en les traitant de nègres, on ne pouvait pas revenir sur le fait que la terre était plate, on n’avait pas de vacances et la femme n’avait pas le droit de vote. C’est certainement pas en étant fataliste ou « passif » que les choses ont changées. « Indignez-vous ! » qu’il disait… Et ben peu importe le pays.

      • Répondre

        Laurent

        Mar 28, 2014

        En 2013, le taux d’alphabétisation des femmes en Inde est de 65%. Il était de 50% en 2000 et de 39% en 1990. Comme quoi en effet, rien ne change en Inde ;-). Il reste très inférieur à celui des hommes (85%) mais l’écart se réduit d’année en année. Rome ne s’est pas fait en un jour. Si on se limite à la classe d’âge 14-25 ans, le taux d’alphabétisation des femmes est aujourd’hui de 75%, toujours en effet inférieur aux hommes où il est de 88%. L’Inde, tant au niveau fédéral qu’au niveau des états développe depuis le début des années 90 des programmes pour augmenter ce taux et réduire l’écart homme femme. Là ou c’est compliqué, c’est dans les campagnes où le taux d’alphabétisation des filles reste extrêmement bas.
        Par contre, j’ai beau chercher dans les réponses des « amoureux » de l’Inde, personne ne semble trouver ça « cool ». Aimer ce pays ne veut pas dire qu’on y aime la ségrégation envers les femmes et j’en passe. J’ai l’impression que tu n’as pas vraiment lu les différentes réponses. Nous sommes davantage ici dans un monologue, qui plus est un tantinet agressif, qu’un dialogue. La raison m’en échappe, dommage …
        Ce qui « frustre » un peu les « amoureux » de l’Inde, c’est que dans 99% des cas, quelqu’un qui revient d’un voyage dans un pays tend à raconter essentiellement des histoires positives et à faire abstraction du négatif. Même si elles n’ont pas forcément adoré un pays, la majorité des personnes reviennent avec des histoires plutôt positives. C’est d’ailleurs le cas sur ton blog (oui, ce n’est pas la première fois que je te lis ni que je commente ici). La nature humaine est ainsi faite qu’elle se rappelle davantage des bonnes expériences, tant mieux. Or quand on parle de l’Inde, le choc culturel était ce qu’il est, les personnes qui n’ont pas « accroché » tombent dans l’excès inverse. Ça porte un nom, c’est le syndrome indien. Ça induit des débats sans fin qui partent très souvent en troll. Je me trompe peut-être et d’autres billets suivront peut-être sur ton blog à propos de l’Inde, mais pour le moment, on reste sur l’impression que la seule chose que tu as retenue de ce pays, c’est toutes les horreurs dont tu parles et pas grand-chose d’autre. C’est bien écrit, mais forcément, difficile de ne pas créer alors une certaine incompréhension de la part de certains lecteurs.
        Pour conclure, je confirme, parler sur ce ton des États Unis m’aurait tout autant « gêné ». L’anti-américanisme souvent assez primaire qui règne dans notre pays ne m’émerveille pas outre mesure.

        • Répondre

          Thibaut Schweppes

          Mar 29, 2014

          Non non, il n’y a rien d’agressif, en tout cas pas pour ta réponse. Une pointe de second degré parfois même. J’ai lu les réponses et tout le monde est d’accord sur la plupart des points négatifs dont je parle, il faut juste être totalement fan de l’Inde quand même. C’est vrai il n’y a que le mauvais côté des choses et j’ai longtemps hésité avant de publier l’article sachant que je risquais de passer pour le beauf de service. Tant pis javais pas envie d’être consensuel les articles positif sur l’Inde, c’est pas ça qui manque. Je souhaite retourner en Inde, je regrette de l’avoir découvert sur la fin de mon voyage et je le précise au début du billet « Fatigué, ce fut mon ressenti brut sur le moment, sans prendre de recul. Je me suis posé beaucoup de questions, j’ai été brouillon et je n’ai pas fait d’effort particulier pour adoucir un discours peut-être volontairement excessif » C’est à prendre comme ça. Tu sais j’avais un article plutôt positif sur l’Inde avec tout un tas de photos, je n’ai juste pas eu l’occasion de m’occuper de la signature des photos car je voyage avec une tablette actuellement. Et oui c’est un peu fatiguant de lire toujours des commentaires avec « mal appréhender » « se plonger dans une culture » « faire des efforts » comme si j’étais L’Idiot du village ethnocentré et sans ouverture d’esprit ou connaissance du pays.

  7. Répondre

    Béatrice

    Mar 28, 2014

    salut Thibaut
    comme une bonne partie des commentateurs précédents, ton post m’interpelle car je fais partie de ces « passionnés de l’Inde » que tu évoques. Je comprends tout à fait ton ressenti mais voudrais juste dire qu’on peut être passionné par l’Inde sans l’idéaliser. Pour ma part j’ai tout à fait conscience de la dureté de la condition de la femme, des rapports de castes et plus généralement de la société indienne (je travaille pas mal sur les populations tribales, les grands publiés de la croissance indienne), mais ça ne m’empêche pas de m’intéresser à ce pays d’1,2 milliards d’habitants qui a le mérite d’obliger à réfléchir à tout ce que l’on considérait des vérités indiscutables (par exemple, le fait que l’amour doit venir avant le mariage et non après…). Simplement, je crois qu’il faut beaucoup plus que 3 semaines pour l’appréhender. Et c’est aussi pour cela que je n’aurais pas envie de faire un tour du monde car visiter autant de pays différents coup sur coup empêche de se plonger en profondeur dans la culture et l’histoire de chacun.
    Et juste un détail : je fais aussi partie de ces voyageuses qui s’habillent en salwar kameez quand elles sont en Inde et ce n’est pas une façon de faire mine d’abandonner sa propre culture et de faire semblant d’être indien, mais avant tout un moyen de se sentir habillée décemment en fonction des critères locaux alors qu’on est scrutée sans arrêt par des yeux masculins qui nous considèrent, par le simple fait qu’on est une fille voyageant seule, comme disponible sexuellement. En Inde, le haut des bras et les aisselles sont considérés comme des parties du corps très érotiques et du coup si je me baladais habillée à la française, en débardeur par exemple, j’aurais l’impression d’avoir une attitude provocatrice et de chercher les problèmes…

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Mar 28, 2014

      Salut Béatrice,

      Est-ce qu’on peut aussi critiquer certaines choses d’un pays sans forcément passer pour le mec qui ne s’intéresse juste pas en profondeur au pays en question ? Parce que c’est marrant, vous êtes d’accord avec moi mais sous prétexte que je ne suis pas un grand fan, ça ne passe pas et j’ai forcément mal appréhendé le pays.
      Si j’ai choisi de faire un tour du monde assez rapide, c’est pour une expérience particulière, et pas pour avoir l’impression d’avoir visité et connu en long et en large toutes les cultures des pays que j’ai visités. D’ailleurs est-ce qu’il y a vraiment besoin d’être sur place pour apprecier ou non une culture et pour se plonger dedans ? Je ne pense pas. Il y a de nos jours des spécialistes de la civilisation maya.
      Puis le fait d’être peu attiré par l’Inde ne m’empêchait pas d’être au courant de cette notion érotique dont tu parles, tout comme la copine avec qui je voyageait. Elle ne se sentait pas obligé pour autant de s’habiller typique pour avoir une tenue non « provocatrice ». Un foulard faisait très bien l’affaire.
      Mais pour les déguisements, je parlais plutôt des touristes avec un énorme reflex autour du cou et un Lonely Planet dans la main, pas forcément des « passionnés de l’Inde ».
      Au fait, si un africain visite la France, il devrait venir en jean et t-shirt ?
      Rien à voir avec ton envie de t’intégrer dans la société indienne, mais du coup, je me pose une question : Est-ce que si en France une fille à l’air disponible sexuellement et se fait violer, c’est de sa faute car elle donnait l’impression d’avoir une attitude provocatrice et de chercher les problèmes ?
      Est-ce qu’on doit trouver ça normal comme façon de voir les choses ?
      Peu importe le pays ou la culture. Enfin, je crois.

      • Répondre

        Susie

        Avr 2, 2014

        Je suis assez d’accord avec toi pour le reste de l’article mais sur ce point je pense que tu vas un peu trop loin… Béatrice n’a jamais dit qu’en ne s’habillant pas selon les coutumes on serait responsable s’il nous arrivait quelque chose, et tu risques de te mettre pas mal de filles à dos en insinuant ce genre de chose (ou en en donnant l’impression), et ce serait bête vu qu’à la base tu te poses en défenseur des femmes (et on t’en remercie !). En plus je ne pense pas que tu puisses vraiment faire une comparaison vu qu’apparemment une tenue est beaucoup plus facilement jugée provocante en Inde qu’en France, ce qui multiplie le risque de se faire emmerder… Personnellement je suis prête à mettre la tenue locale, porter le voile (quand ya vraiment pas le choix), et tout ce qu’il faudra pour ne pas avoir à supporter les regards vicieux… En France je sors les griffes à la moindre remarque déplacée dans la rue, mais à l’étranger on se sent forcément moins sûr de soi, surtout si on n’a rien fait pour s’intégrer au milieu environnant…
        Enfin voilà, pour le reste je pense que j’aurai beaucoup de mal à apprécier l’Inde aussi (oui parce que je m’incruste mais en fait j’y suis encore jamais allée) pour les mêmes raisons que toi, et moi aussi ça m’agace un peu de voir que c’est un peu « le pays qu’on n’a pas le droit de critiquer ». Après je ne trouve pas que les « amoureux » de l’Inde se donnent un air particulièrement supérieur, et je ne pense pas que les gens qui portent une tenue locale pour se fondre un peu plus dans la masse méritent autant de mépris…

        • Répondre

          Thibaut Schweppes

          Avr 4, 2014

          Je n’ai jamais dit non plus que vous seriez responsables, je replace juste la situation dans un autre contexte. Je ne supporte pas le sexisme, peut importe le pays. Mais oui il faut respecter les gens et s’adapter un minimum. Ensuite je ne critique pas les personnes qui souhaitent s’habiller local mais y’a local et local folklorique hein. Si on ajoute des Ray Ban et un gros Reflex c’est plus ridicule qu’autre chose. Et oui, par contre j’ai du mépris pour ces touristes sans moral et je l’assume.

  8. Répondre

    partireninde

    Mar 28, 2014

    Tes impressions de l’Inde me semblent totalement justifiées.

    Toutefois, ta vision me semble un peu tronquée. Comment se faire une idée d’un pays en 3 semaines?

    Bien sûr qu’en tant que voyageur/ touriste tu te feras happer par les rabatteurs, bien sûr que boire l’eau du Ganges à Varanasi ne te semble pas hygiénique.

    Ce n’est pas du mépris dont tu fais preuve, c’est simplement de l’incompréhension… L’Inde est complexe, elle est un paradoxe. Sa culture et ses traditions ne peuvent pas s’appréhender en quelques semaines de voyage…

    Retournes-y un jours, laisse toi le temps d’apprendre, de partager et de découvrir sans juger, en oubliant tous les préceptes occidentaux comme tu dis, et l’Inde te semblera bien moins atroce ! 😀

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Mar 28, 2014

      C’est justifié mais je n’ai pas le droit de le penser ? Je ne vois pas le rapport avec la durée du voyage car à peu près tout ce que j’ai vécu, j’en étais déjà conscient avant d’arriver. Je me suis souvent intéressé à l’Inde. J’en parle juste car je l’ai vécu. Je ne suis pas arrivé sur place en occidental mais en voyageur avec des valeurs. « Fatigué, ce fut mon ressenti brut sur le moment, sans prendre de recul. Je me suis posé beaucoup de questions, j’ai été brouillon et je n’ai pas fait d’effort particulier pour adoucir un discours peut-être volontairement excessif. »
      Être critique envers un pays ce n’est pas forcément ne pas comprendre sa culture et comprendre certains comportements ce n’est pas forcement les excuser. J’ai par exemple beau m’être penché de très près sur la religion catholique et « comprendre » ce que les croyants ressentent, ce n’est pas facile d’être à la fois tolérant et critique.

  9. Répondre

    Mat

    Mai 1, 2014

    D’accord avec l’article (j’ai pas lu tous les commentaires du dessus).

    Moi aussi y’a des trucs qui m’ont choqué en Inde, en particulier les odeurs de pisse et la merde dans les temples et autour, les gens qui balancent des déchets n’importe où (je parle de Hampi en particulier).

    Et ça me fait toujours halluciner qu’il y ait des hippies qui trouvent ça normal car ‘çay la culture’… désolé mais c’est dégueu, objectivement. Après rien à redire sur les paysages ou la beauté des temples, dommage qu’il faille subir ça à côté.

  10. Répondre

    Elé Brg

    Mai 8, 2014

    Première fois que je visite ton site et premier article que je lis (en retard, visiblement ;)) avec beaucoup d'attention (1 mois passé au Rajasthan il y a peu).
    Résultat : encore plus intéressée pour lire les autres car celui-ci n'aurait pas pu être mieux écrit et aussi juste, tout du moins de mon point de vue !
    Bon séjour à Las Vegas et au plaisir de revoir tes pieds prochainement sur une autre vidéo 😉

  11. Répondre

    Elé Brg

    Mai 8, 2014

    Première fois que je visite ton site et premier article que je lis (en retard, visiblement ;)) avec beaucoup d'attention (1 mois passé au Rajasthan il y a peu).
    Résultat : encore plus intéressée pour lire les autres car celui-ci n'aurait pas pu être mieux écrit et aussi juste, tout du moins de mon point de vue !
    Bon séjour à Las Vegas et au plaisir de revoir tes pieds prochainement sur une autre vidéo 😉

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Mai 10, 2014

      Ton retard passe, pour cette fois mais c’est la dernière ! 😉 Merci

  12. Répondre

    Nicolas

    Mar 1, 2016

    Excellente réflexion. C’est toujours difficile de porter un regard sur des cultures différentes sans pour autant être certain qu’on applique pas notre propre prisme sur autrui. L’important c’est de réfléchir même si on aura tous une réponse différente sur une situation donnée. Belle article. Bravo!

    • Répondre

      Thibaut Schweppes

      Mar 27, 2016

      Merci Nicolas 😉

  13. Répondre

    Claudine

    Mai 31, 2016

    Merci de ce récit qui me fait un bien fou : mal remise d’un choc culturel, culpabilisant de ce manque de grandeur d’âme, la lecture critique des découvertes déstabilisantes vécues par d’autres qui n’acceptent pas tout me permet d’avancer.
    Je cautionne : non, on ne peut pas tout accepter. Oui, le manque d’hygiène, le manque de respect nous dérange et on peut trouver ces situations pas seulement dérangeantes, mais aussi telles une preuve de manque d’évolution. C’est vrai qu’en Occident, évoluer c’est positif. Si on peut accepter que pour d’autres ce ne soit pas positif, nous pouvons nous en offusquer, tant qu’on ne leur fait pas la leçon chez eux. C’est vrai que certains comportements nous semblent tellement archaïques et irrespectueux, qu’on ne peut les accepter.
    Nous remettre en question, nous tout le temps, accepter les différences, c’est bien difficile quand on se rend compte que c’est à sens unique.

    PS : mon choc culturel si difficile à digérer, a eu lieu en France, avec des asiatiques, qui eux, ne cherchaient certainement pas à composer avec nos coutumes.

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THIBAUT SCHWEPPES
Thonon les bains

Gamin voyageur, malicieux, tête en l'air, gros mangeur, joueur de poker, j'aime compléter ma collections de pieds autour du monde et partager mes aventures sur mon blog voyage. À travers des vidéos ou des récits j'espère que vous ferez un bon voyage.